L’affaire Sambaldur sur Mou
Connaissez-vous l’histoire du petit train de Sambaldur sur
Mou, arrivé la semaine dernière de Perpignan sur quatre porte-chars à la Cité
du train de Mulhouse ? Allez, on vous raconte ce drôle de conte à faire dormir
debout un enfant de cheminot, un soir de réveillon.
Début novembre, Sylvain Vernerey reçoit l’appel d’un
mandataire judiciaire à la protection des majeurs qui lui demande s’il est
intéressé pour récupérer le petit train de Sambaldur sur Mou. Son propriétaire
est placé sous tutelle, le terrain où est stocké le train va être exproprié et
l’affaire doit se conclure rapidement « sinon tout part à la ferraille » ,
précise le mandataire de Perpignan. L’Association du musée français du chemin
de fer dit « banco » à Sylvain Vernerey pour qu’il tente de sauver ce qui
s’avère être, peut-être, l’un des derniers trains de fête foraine.
Connu comme le loup blanc
Si en Alsace le train et la gare de Sambaldur sur Mou sont à
peu près aussi célèbres que la recette du pastelitos de piña, dans le sud-ouest
de la France, dites « Sambaldur » et immédiatement les visages des plus de 30
ans s’illuminent. « C’est incroyable. Autour de Perpignan, j’avais l’impression
que tous les gens à qui j’en parlais étaient montés dedans. » Un train de fête
foraine qui a fonctionné dans un gros quart de la France de 1948 à 2007, ça
laisse des traces dans les esprits fêtards, beaucoup moins dans les livres d’histoire…
Ce que l’on sait de cette belle aventure provient d’un écrit de Chantal Bey, la
nièce de Lynel Clément, le dernier propriétaire du petit train. Donc on
l’écoute. « Zilda Clément (1901-1954) vivait dans la Marne. Comme son père, il
avait deux métiers : horloger l’hiver et forain l’été. Astreint à la
sédentarité pendant la guerre 1939-1945, il souhaita reprendre les routes après
la Libération et acheta d’occasion un train. Quand il voulut le monter,
celui-ci était dans un si mauvais état qu’il décida d’en fabriquer un autre de
A à Z. Il créa un nouveau manège avec son fils Lynel, né en 1930. Les seuls
éléments qui n’ont pas été réalisés ce sont les wagons fabriqués en
collaboration avec un carrossier ami. Et celui que l’on appelait le wagon rose fut
commandé à un professionnel. Le manège a été inauguré sans la gare, créée dans
la foulée. » Et l’on découvre enfin d’où vient ce fameux Sambaldur sur Mou,
commune inconnue des meilleurs GPS modernes.
« Zilda avait déjà prouvé son sens de l’humour en créant son
tir au nougat actuellement au Musée des arts forains. Il décida de donner à sa
gare le nom de Sambaldur sur Mou » , précise Chantal Bey. Avec ce nom coquin,
probablement en hommage aux dragueurs impénitents des fêtes foraines, le petit
train obtient immédiatement du succès et, en 1948, la famille Clément décide de
partir dans le sud de la France, en suivant d’autres forains.
Jusqu’en 2007
Pendant des décennies, Zilda Clément promène son manège dans
le quart sud-ouest de la France, à Bordeaux, Limoges, Toulouse, Carcassonne,
Agen, Narbonne, Béziers, Perpignan, Canet-en-Roussillon… jusqu’à son décès, à
53 ans. « Ses sœurs s’étant peu après sédentarisées, continue la nièce, Lynel
poursuivit l’aventure avec sa maman Renée Jactard. Elle est décédée en 2004 à
l’âge de 94 ans. Mais elle a accueilli ses petits clients jusqu’à 90 ans, en
limitant sa tournée au Languedoc-Roussillon. Le train a fait tourner plusieurs
générations d’enfants de Perpignan, pendant près de soixante ans, et l’été il
faisait le bonheur des grands et des petits touristes de Canet-en-Roussillon ou
Argelès-sur-Mer. Il fut très fidèle également à la petite ville de Limoux et de
Narbonne dans l’Aude, Lodève et Lunel dans l’Hérault et ne sortait de la région
que pour aller à Pau, au printemps, jusqu’à sa cessation d’activité en 2007. »
Problème : quand Sylvain Vernerey découvre le petit train,
il ne voit finalement pas grand-chose. Depuis la dernière fête, tout est
démonté et rangé dans une remorque, tirée par un camion Unic de 1970 qui sert
aussi de stockage. Et il y a également la caravane des forains. « J’ai ouvert
les portes et découvert un amoncellement de pièces. Normalement tout y est,
mais bon, tant que l’on n’aura pas tout remonté on ne saura pas » , poursuit le
patron du musée qui a loué quatre porte-chars pour rapatrier le train en
Alsace. « L’idée c’est d’en faire une animation sur l’espace extérieur. Mais
avec la réglementation en matière d’accueil du public et l’état dans lequel on
va trouver ce train, je préfère ne pas m’avancer sur une date de
fonctionnement. » Le petit train de Sambaldur sur Mou est sauvé. Reste
maintenant à le remonter…
Source l’Alsace.fr
